Research Article |
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Corresponding author: Stève Breitenmoser ( steve.breitenmoser@bluewin.ch ) Academic editor: Christian Monnerat
© 2020 Stève Breitenmoser, Jean-Yves Humbert, Sylvie Viollier.
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Citation:
Breitenmoser S, Humbert J-Y, Viollier S (2020) Création de nouvelles prairies dans le réseau écologique « La Frontière » VD et effets sur les orthoptères (Insecta: Orthoptera). Alpine Entomology 4: 117-128. https://doi.org/10.3897/alpento..46308
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Le réseau écologique Paysage « La Frontière » situé à l’ouest du canton de Vaud est composé de près de 700 surfaces de promotion de la biodiversité (SPB) totalisant plus de 500 ha. Dans ce cadre, plus de 150 ha de nouvelles prairies naturelles, pour la plupart plantées de haies et d’arbres, forment la pièce centrale de l’infrastructure écologique de ce réseau. Elles remplacent des grandes cultures (terres assolées) et ont été mises en place par la méthode de l’enherbement direct (fleurs de foin). Les orthoptères et la mante religieuse (Mantis religiosa) ont été choisis comme bio-indicateurs pour évaluer la richesse spécifique et la vitesse de colonisation de ces nouvelles surfaces. Les relevés orthoptériques ont été effectués, entre 2014 et 2018, sur 33 nouvelles prairies et ont été comparés à 13 prairies naturelles anciennes extensives. En moyenne, le nombre d’espèces par prairie était de 9.3 (dont 1.7 sur la Liste rouge) dans les nouvelles prairies et de 11.5 (2.6) dans les prairies anciennes. Statistiquement, il n’y a aucune différence significative entre les deux types de prairies. Aucune corrélation entre le nombre d’années après la mise en place des nouvelles prairies et le nombre d’espèces recensées par prairie n’a été détectée, indiquant une colonisation rapide des nouvelles prairies. Parmi les espèces d’orthoptères cibles du réseau écologique cantonal, figurant également sur la Liste rouge, six sont présentes dans les prairies anciennes comme dans les nouvelles. Parmi ces dernières, Metrioptera bicolor et Euchorthippus declivus étaient présentes dans près de 60% des prairies. Les résultats montrent l’importance d’une répartition dense de prairies à la fois de bonne qualité (enherbement direct) et exploitée extensivement avec des zones refuges. Ils soulignent également l’importance des prairies anciennes et des aires naturelles protégées comme réservoirs pour la restauration de la biodiversité dans les paysages agricoles.
The ecological and landscape network “La Frontière” is a network of semi-natural areas that are connected to promote and conserve farmland biodiversity. It is located in the lowland of canton Vaud, western Switzerland. It is composed of nearly 700 biodiversity promotion areas (the main Swiss agri-environment schemes) totaling more than 500 ha. Within this landscape, more than 150 hectares of new semi-natural grasslands, most of which are planted with hedges and trees, form the central part of the network’s ecological infrastructure. They were created on former arable land using the method of hay transfer from species rich donor grasslands. Orthopterans and the European mantis (Mantis religiosa) were chosen as bio-indicators to assess specific richness as well as the rate of colonization of these newly created areas. Orthopteran surveys were conducted between 2014 and 2018 on 33 newly established grasslands and compared to 13 extensively managed existing old grasslands. On average, 9.3 species were identified in the newly established grasslands (including 1.7 endangered species), whereas 11.5 (2.6 endangered species) were collected in the old grasslands. Statistically, there is no significant difference between these two types of grasslands. No correlation between the number of years after the creation of the new grasslands and the number of species recorded per grassland was detected, indicating a rapid colonization of the new grasslands. Six of the target orthopteran species of the cantonal ecological network, which are also vulnerable, occur in both old and new grasslands. Among the latter, Metrioptera bicolor and Euchorthippus declivus were present in nearly 60% of the samples. The results emphasize the importance of a dense distribution of grasslands both of good quality (hay transfer) and extensively exploited with refuge areas. They also highlight the importance of old natural grasslands and protected areas as reservoir for the restoration of biodiversity in agricultural landscapes.
hay transfer, grasshopper diversity, colonization, restoration, grassland, conservation
Le réseau écologique Paysage « La Frontière » se situe à l’ouest du canton de Vaud, dans un secteur intensément urbanisé et cultivé. Il est composé de 676 surfaces de promotion de la biodiversité (SPB) totalisant plus de 500 ha. Tout en revitalisant le paysage, il crée une infrastructure écologique, selon le plan d’actions de la Stratégie Biodiversité Suisse (
Surfaces situées dans le périmètre du réseau écologique «La Frontière» VD. En haut à gauche : un pâturage maigre ancien inscrit en PPS faisant office de réservoir au lieu-dit Le Bochet (Tableau 1) à Arzier-Le Muids (photo S. Viollier, septembre 2018). En haut à droite: prairie naturelle ancienne située à Gingins servant de surface de référence et source pour l’enherbement direct (fleurs de foin) de nouvelles prairies (photo S. Viollier, 2011). En bas: nouvelle prairie située à Arzier-Le Muids (N9), avec zone refuge non fauchée en bordure (photo S. Breitenmoser, septembre 2014).
Pour mesurer l’effet et l’évolution de la qualité de ces nouvelles prairies, nous avons sélectionné les orthoptères et la mante religieuse (Mantis religiosa). Afin de simplifier la lecture, il a été admis dans cette étude d’associer la mante religieuse aux orthoptères. De par leur présence dans la quasi-totalité des milieux ouverts, leur sensibilité à la qualité de l’habitat et aux mesures d’entretien, les orthoptères constituent un excellent groupe bio-indicateur pour les prairies naturelles et le suivi biologique d’un réseau écologique. De plus, les connaissances sur leur écologie et leur distribution sont excellentes en Suisse. Enfin, ils forment également un élément clé de la chaîne trophique et ont un bon potentiel de dispersion pour la plupart des espèces (
L’objectif de cette étude étant de comparer le peuplement d’orthoptère et mante religieuse entre de nouvelles prairies naturelles créées par un ensemencement direct (fleurs de foin) et d’anciennes prairies naturelles servant de référence dans le réseau écologique « La Frontière ». La richesse spécifique de ces deux types de prairies a été comparée, ainsi que la vitesse de colonisation des nouvelles prairies naturelles.
Le périmètre d’étude comprend 18 communes de l’ouest vaudois pour une surface d’environ 50 km². Il est situé entre le pied du Jura et l’autoroute A1 au-dessus de la ville de Nyon, et entre les communes de La Rippe à l’ouest et Arzier-Le Muids à l’est. Les surfaces de suivis, choisies aléatoirement, sont situées entre les étages collinéen et montagnard inférieur (458 à 717 m d’altitude) et concernent 33 nouvelles prairies naturelles créées à la place de grandes cultures (anciennes terres assolées) et 13 prairies naturelles anciennes (principalement de type Mesobromion). Le Tableau 1 donne le détail de ces surfaces (dimension, année de mise en place et de suivi). Dans le périmètre d’étude, des « aires protégées » par des arrêtés de classements cantonaux (selon le Règlement d’application de la loi du 10 décembre 1969 sur la protection de la nature, des monuments et des sites du canton de Vaud, RLPNMS, 450.11.1) et/ou des objets classés aux divers inventaires fédéraux comme les prairies et pâturages secs de Suisse (selon l’Ordonnance sur la protection des prairies et pâturages secs d’importance nationale, OPPPS, RS 451.37) ou les bas-marais d’importance nationale ou régionale (selon l’Ordonnance sur la protection des bas-marais d’importance nationale, RS 451.33) sont présentes et ont fait l’objet de suivis pluriannuels à titre indicatif afin de connaître le potentiel spécifique de la région. La Figure
Description des prairies du réseau écologique Paysage « La Frontière » ayant fait l’objet d’un suivi des orthoptères et mante religieuse avec les résultats du nombre d’espèces recensées (avec et sans Gryllus campestris et Tetrix spp.). Figurent les 33 nouvelles prairies (N...) et les 13 prairies naturelles anciennes (A...). Sont également mentionnées, les aires protégées (Inventaires fédéraux ou régionaux) présentes dans le périmètre d’étude.
| No | Commune | Altitude moyenne (m) | Surface en ares | Antécédent | Type de surface | Année de réalisation | Année de suivi | Nb espèces orthoptères | Nb espèces sans Gryllus ni Tetrix spp. | Nb espèce mante |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| N1 | TRÉLEX | 560 | 39 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2014 | 7 | 7 | |
| N2 | GENOLIER | 511 | 160 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2014 | 12 | 12 | |
| N3 | LA RIPPE | 560 | 154 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2014 | 14 | 14 | |
| N4 | TRÉLEX | 555 | 65 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2014 | 6 | 6 | |
| N5 | TRÉLEX | 565 | 254 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2014 | 10 | 9 | |
| N6 | TRÉLEX | 560 | 40 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2014 | 5 | 5 | |
| N7 | ARZIER– LE MUIDS | 650 | 65 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2011 | 2014 | 10 | 10 | |
| N8 | ARZIER– LE MUIDS | 668 | 38 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2014 | 11 | 11 | |
| N9 | ARZIER– LE MUIDS | 710 | 120 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2014 | 15 | 15 | 1 |
| N10 | TRÉLEX | 570 | 135 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2015 | 12 | 11 | |
| N11 | TRÉLEX | 568 | 19 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2010 | 2015 | 17 | 16 | |
| N12 | TRÉLEX | 552 | 59 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2015 | 7 | 7 | |
| N13 | LA RIPPE | 550 | 280 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2011 | 2015 | 9 | 9 | |
| N14 | LA RIPPE | 545 | 180 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2014 | 2015 | 6 | 6 | |
| N15 | GINGINS | 514 | 200 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2011 | 2015 | 16 | 16 | |
| N16 | LA RIPPE | 558 | 75 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2018 | 11 | 11 | |
| N17 | GRENS | 499 | 49 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2015 | 5 | 5 | |
| N18 | GRENS | 500 | 45 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2015 | 9 | 9 | |
| N19 | CHÉSEREX | 624 | 150 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2015 | 2015 | 11 | 11 | |
| N20 | BOREX | 494 | 45 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2014 | 2016 | 2 | 2 | |
| N21 | ARNEX–SUR–NYON | 458 | 102 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2011 | 2016 | 6 | 6 | |
| N22 | ARZIER– LE MUIDS | 654 | 118 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2016 | 12 | 12 | |
| N23 | ARZIER– LE MUIDS | 656 | 42 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2016 | 11 | 11 | |
| N24 | ARZIER– LE MUIDS | 673 | 60 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2016 | 14 | 14 | |
| N25 | GENOLIER | 548 | 203 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2016 | 9 | 8 | |
| N26 | ARZIER– LE MUIDS | 690 | 56 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2017 | 11 | 11 | |
| N27 | ARZIER– LE MUIDS | 689 | 20 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2017 | 12 | 10 | |
| N28 | ARZIER– LE MUIDS | 704 | 20 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2017 | 13 | 13 | |
| N29 | ARZIER– LE MUIDS | 690 | 65 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2017 | 7 | 7 | |
| N30 | ARZIER– LE MUIDS | 696 | 48 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2017 | 6 | 6 | |
| N31 | GINGINS | 553 | 50 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2013 | 2018 | 6 | 6 | |
| N32 | GINGINS | 542 | 71 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2015 | 2018 | 5 | 5 | |
| N33 | DUILLIER | 458 | 100 | Grandes cultures | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | 2012 | 2018 | 5 | 5 | |
| A1 | GIVRINS | 625 | 188 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 13 | 12 | |
| A2 | TRÉLEX | 530 | 77 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 13 | 11 | |
| A3 | GIVRINS | 620 | 50 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 8 | 7 | |
| A4 | GIVRINS | 607 | 90 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 8 | 8 | |
| A5 | TRÉLEX | 560 | 75 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 15 | 14 | |
| A6 | ARZIER– LE MUIDS | 717 | 200 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 13 | 12 | |
| A7 | VICH | 498 | 94 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 15 | 15 | |
| A8 | ARZIER– LE MUIDS | 660 | 151 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2014 | 14 | 13 | |
| A9 | ARZIER– LE MUIDS | 681 | 153 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2017 | 8 | 8 | 1 |
| A10 | ARZIER– LE MUIDS | 702 | 30 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2017 | 9 | 9 | 1 |
| A11 | TRÉLEX | 520 | 70 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2018 | 13 | 13 | |
| A12 | GENOLIER | 501 | 400 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2018 | 19 | 19 | |
| A13 | GINGINS | 550 | 116 | Prairie naturelle ancienne permanente | PRAIRIE EXTENSIVE SPB | – | 2018 | 7 | 7 | |
| AIRES PROTEGEES | ARZIER–LE MUIDS Le Bochet | 620 | 700 | Inventaire fédéral PPS | PPS (PÂTURAGE MAIGRE ANCIEN) n°6331–126, 127, 128, 129, 130, 131, 146, 147 | – | 2014, 2016, 2018 | 18 | 18 | |
| CHÉSEREX – La Tropaz | 650 | 290 | Inventaire fédéral bas–marais ; Arrêté de classement VD | BAS–MARAIS n°1463; ACCE du 29 mars 1978 classant la réserve naturelle du marais de La Tropaz et ses abords à Chéserex | – | 2006– 2010, 2012– 2014, 2016, 2017 | 23 | 20 | ||
| GENOLIER–COINSINS Bois de Chêne | 515 | ~4000 | Inventaire fédéral et régional, PPS & bas–marais ; Arrêté de classement VD | PPS (PRAIRIE ANCIENNE, PÂTURAGE) n°112, 123, 124, 125, 139, 141, 142, 143, 144, 148, 149 150, 152, 153, 154, 155; BAS–MARAIS régional n°1459, 1460; ACCE du 23 décembre 1966 concernant la protection du Bois de Chêne à Genolier | – | 2009, 2010– 2015, 2017 | 25 | 23 | ||
| LA RIPPE – Bucley | 580 | 470 | Inventaire fédéral PPS & bas–marais | PPS n°6466–064+065, BAS–MARAIS n°1465 | – | 2006 à 2017 | 32 | 29 | 1 | |
| TRÉLEX – Chevry | 560 | 240 | Inventaire régional bas–marais | BAS–MARAIS d'importance régionale n°1461 | – | 2008, 2010– 2018 | 22 | 19 | 1 |
La technique de l’enherbement direct à l’aide de l’herbe à semences a été utilisée pour la totalité des nouvelles prairies créées dans le réseau. Elle consiste à transférer la biomasse (constituée d’herbe et de graines) d’une surface source à une surface receveuse. Le but est d’accroître et de préserver la richesse des milieux prairiaux spécifiques de la région et de conserver la biodiversité génétique locale. Cette technique est souvent communément appelée « fleurs de foin » (
Ces nouvelles surfaces de prairies naturelles, ainsi que les prairies anciennes constituent des prairies de fauche extensives (code 611 selon l’Office fédéral de l’agriculture OFAG) et sont inscrites comme surfaces de promotion de la biodiversité (SPB) selon l’Ordonnance sur les paiements directs (OPD, RS 910.13). Chaque prairie respectait donc les conditions de base de l’OPD, soit une gestion extensive sans fumure, ni produit phytosanitaire, avec une première coupe possible dès le 15 juin, ainsi qu’une pâture d’automne autorisée (maximum deux fauches/an). De plus, comme mesure supplémentaire, une zone couvrant environ 10% de la surface de la prairie n’était pas fauchée avant le mois de septembre, faisant ainsi office de refuge pour la petite faune.
Le recensement des espèces d’orthoptères dans les prairies nouvelles et anciennes, a été effectué une seule fois entre 2014 et 2018. Il a consisté en un seul passage durant la belle saison en août-septembre lors de journées présentant des conditions météorologiques favorables aux chants des orthoptères (ensoleillement, température ≥ 20 °C et vent faible;
Gryllus campestris et les espèces de Tetrix spp. ont été exclus des analyses. En effet, la période des relevés en août-septembre se situe en marge de la période d’activité surtout printanière de Gryllus campestris, alors que la méthode choisie se prête peu à la recherche des espèces de Tetrix spp. bien détectable au filet fauchoir. La comparaison statistique entre les nouvelles et les anciennes prairies a été réalisée à l’aide du test de MANN-WHITNEY sur XLSTAT, version 2019.3.2.
Dans les 33 nouvelles prairies (anciennes terres assolées), au total 25 espèces ont été inventoriées contre 26 espèces dans les 13 prairies anciennes (Gryllus campestris et Tetrix spp. exclus) (Tab.
Liste d’espèces d’orthoptères inventoriées dans les deux types de prairies visitées, c’est-à-dire les 33 nouvelles prairies (anciennes terres assolées) et les 13 prairies anciennes. Les espèces des aires protégées (Inventaires fédéraux et régionaux) situées dans le périmètre d’étude sont également mentionnées. Espèces avec leur statut Liste rouge (LR) selon
| Espèces | Catégorie LR et/ou OPN | Prairies nouvelles (N=33) | Prairies anciennes (N=13) | Aires protégées |
|---|---|---|---|---|
| Aiolopus strepens (Latreille, 1804) | LC | X | ||
| Barbitistes serricauda (Fabricius, 1794) | LC | X | ||
| Calliptamus italicus (Linnaeus, 1758) | VU et OPN | X | X | X |
| Chorthippus biguttulus (Linnaeus, 1758) | LC | X | X | X |
| Chorthippus brunneus (Thunberg, 1815) | LC | X | X | X |
| Chorthippus mollis (Charpentier, 1825) | NT | X | X | X |
| Chorthippus montanus (Charpentier, 1825) | VU | X | ||
| Chorthippus parallelus (Zetterstedt, 1821) | LC | X | X | X |
| Chrysochraon dispar (Germar, 1834) | NT | X | X | X |
| Conocephalus fuscus (Fabricius, 1793) | VU | X | X | X |
| Decticus verrucivorus (Linnaeus, 1758) | NT | X | X | |
| Ephippiger ephippiger diurnus Dufour, 1841 | EN et OPN | X | ||
| Euchorthippus declivus (Brisout de Barneville, 1849) | VU | X | X | X |
| Euthystira brachyptera (Ocskay, 1826) | LC | X | X | X |
| Gomphocerippus rufus (Linnaeus, 1758) | LC | X | X | X |
| Gryllotalpa gryllotalpa (Linnaeus, 1758) | DD | X | ||
| Gryllus campestris Linnaeus, 1758 | LC | X | X | X |
| Leptophyes punctatissima (Bosc, 1792) | LC | X | X | X |
| Mantis religiosa Linnaeus, 1758 | OPN | X | X | X |
| Meconema meridionale Costa, 1860 | LC | X | X | |
| Meconema thalassinum (De Geer, 1773) | LC | X | ||
| Mecostethus parapleurus (Hagenbach, 1822) | LC | X | X | X |
| Metrioptera bicolor (Philippi, 1830) | VU | X | X | X |
| Metrioptera roeselii (Hagenbach, 1822) | LC | X | X | X |
| Nemobius sylvestris (Bosc, 1792) | LC | X | X | X |
| Oecanthus pellucens (Scopoli, 1763) | LC | X | ||
| Oedipoda caerulescens (Linnaeus, 1758) | NT et OPN | X | X | |
| Omocestus haemorrhoidalis (Charpentier, 1825) | NT | X | ||
| Omocestus rufipes (Zetterstedt, 1821) | NT | X | X | |
| Phaneroptera falcata (Poda, 1761) | VU | X | X | X |
| Phaneroptera nana Fieber, 1853 | LC | X | ||
| Pholidoptera griseoaptera (De Geer, 1773) | LC | X | X | X |
| Platycleis albopunctata albopunctata (Goeze, 1778) | NT | X | X | X |
| Pteronemobius heydenii (Fischer, 1853) | VU | X | ||
| Ruspolia nitidula (Scopoli, 1786) | NT | X | X | X |
| Stauroderus scalaris (Fischer von Waldheim, 1846) | LC | X | X | X |
| Stenobothrus lineatus (Panzer, 1796) | LC | X | X | X |
| Tetrix ceperoi Bolívar, 1887 | EN | X | ||
| Tetrix subulata (Linnaeus, 1758) | LC | X | X | |
| Tetrix tenuicornis Sahlberg, 1893 | LC | X | X | |
| Tettigonia viridissima (Linnaeus, 1758) | LC | X | X | X |
| Tettigonia cantans (Fuessly, 1775) | LC | X | ||
| Nombre d’espèces LR (EN, VU) | 9 | 5 | 5 | 9 |
| Nombre d’espèces potentiellement menacées (NT) | 8 | 4 | 7 | 8 |
| Nombre d’espèces non menacée (LC) | 23 | 17 | 15 | 22 |
| Nombre d’espèce de Mante | 1 | 1 | 1 | 1 |
| Nombre d’espèces données insuffisantes (DD) | 1 | 0 | 0 | 1 |
| Nombre d’espèce total | 42 | 27 | 28 | 41 |
| Nombre d’espèce total sans Gryllus campestris ni Tetrix spp. | 38 | 25 | 26 | 37 |
Les 33 nouvelles prairies comptaient en moyenne 9.3 espèces (Fig.
Les 13 prairies anciennes, servant de référence et qui ont notamment servies de prairies sources pour l’enherbement direct des nouvelles prairies, comptaient en moyenne 11.5 espèces (Fig.
Le test de MANN-WHITNEY montre qu’il n’y a pas de différence significative entre les nouvelles et les anciennes prairies concernant le nombre d’espèces par prairie (U = 138, p = .065; Fig.
Comme le montre la Figure
Parmi les huit espèces d’orthoptères cibles du réseau, six ont été recensées dans les deux types de prairies: Euchorthippus declivus, Metrioptera bicolor (ISR, VU, Fig.
Quatre espèces cibles et inscrites sur la Liste rouge comme vulnérables (VU) qui ont été recensées dans les deux types de prairies du réseau écologique. En haut à gauche : Metrioptera bicolor mâle. En haut à droite: Euchorthippus declivus femelle. En bas à gauche: Phaneroptera falcata mâle. En bas à droite : Calliptamus italicus femelle (photos S. Breitenmoser).
Pourcentage de prairies avec la présence d’espèces cibles et de la Liste rouge dans les 33 nouvelles prairies (anciennes terres assolées) et les 13 prairies anciennes. A titre d’information, les aires protégées sont indiquées.
| Metrioptera bicolor | Euchorthippus declivus | Calliptamus italicus | Phaneroptera falcata | Conocephalus fuscus | Mantis religiosa | |
| Prairies nouvelles | 60.6 | 57.6 | 6.1 | 18.2 | 24.2 | 3.0 |
| Prairies anciennes | 84.6 | 76.9 | 7.7 | 46.2 | 23.1 | 15.4 |
| Aires protégées | 100.0 | 83.3 | 66.7 | 83.3 | 66.7 | 33.3 |
Les résultats sur le peuplement d’orthoptères suite à la création de 33 nouvelles prairies anciennement cultivées, par la technique de l’enherbement direct, sont extrêmement positifs. En effet, tant la moyenne par prairie que le nombre total d’espèces recensées sont similaires aux prairies naturelles anciennes. De plus, les résultats montrent une colonisation très rapide, non seulement sur le nombre d’espèce mais également en terme d’espèces inscrites sur la liste rouge comme Metrioptera bicolor ou Euchorthippus declivus qui sont présentes dans plus de la moitié des nouvelles prairies.
Le nombre total d’espèces dans les nouvelles comme dans les anciennes prairies représentent 2/3 des espèces d’orthoptères répertoriés dans le périmètre d’étude qui comprend les aires protégées (Tab.
La richesse globale du périmètre d’étude, peut s’expliquer par le climat doux et chaud du Bassin lémanique très favorable aux espèces thermophiles comme le sont les orthoptères, accentué par le lien direct entre deux zones biogéographiques nationales, soit le Plateau et le Jura (
Comparée à leur précédente affectation en terres assolées, la richesse spécifique moyenne de ces nouvelles prairies du réseau est nettement plus élevée. En effet, les terres assolées ont une richesse orthoptérique nulle ou très restreinte avec la présence de Chorthippus brunneus, parfois Metrioptera roeselii et Tettigonia viridissima. Ces espèces ont été observées régulièrement sous formes d’adultes dans les champs cultivés (p. ex. céréales, maïs et betteraves) du périmètre d’étude depuis dix ans par le premier auteur.
Ces résultats de recolonisation rapide des nouvelles prairies montrent la grande mobilité des orthoptères. Comme mentionné par
Comme le mentionne
La technique de l’enherbement direct en tant que moyen de dispersion d’individus ou d’œufs est encore à examiner. Pour les adultes ou les larves, comme l’ont montré
Les nouvelles prairies naturelles mises en place dans le réseau écologique Paysage « La Frontière » montrent en six ans, avec près de dix espèces en moyenne par surface dont deux menacées, un intérêt certain pour la sauvegarde et l’expansion des populations de ce groupe faunistique. Les résultats montrent également l’importance de la mise en place d’un réseau dense de prairies naturelles, de leur connectivité, de la qualité des nouveaux milieux à végétation maigre de source régionale (enherbement direct) additionnée à une exploitation extensive ciblée avec des zones refuges. Ils montrent encore l’importance des prairies anciennes et des aires naturelles protégées (
Finalement, nos conclusions concernent également les paysages agricoles de l’étage montagnard car les communautés végétales et orthoptériques y sont similaires. Bien qu’arrivée plus tard, la révolution verte (
Nos remerciements vont à l’Association du réseau écologique « La Frontière », notamment aux présidents successifs MM. Pascal Ansermet et Ferdinand Baumgartner, ainsi qu’aux huitante agriculteurs participant au réseau écologique qui œuvrent à la mise en place des mesures pour améliorer la quantité, la connectivité et la qualité des surfaces de promotion de la biodiversité. Nous remercions M. Yves Bischofberger du bureau In Situ Vivo Sàrl qui a également contribué à l’élaboration du réseau. Enfin, nous remercions tous les partenaires qui contribuent au réseau écologique Paysage « La Frontière »: Le Fond Suisse pour le Paysage (FSP), les autorités communales et le Conseil Régional de Nyon, le canton de Vaud (Direction générale de l’agriculture et viticulture DGAV et Direction générale de l’environnement DGE-Biodiversité), l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la Fondation Audemars Piguet, la Fondation Sophie et Karl Binding et la Loterie romande.